aller directement au contenu principal
couverture de la revue Le Spectateur

Livres et périodiques

Article paru dans Le Spectateur, n° 47, juin 1913.


Accusés de réception

REMY DE GOURMONT: Epilogues; Réflexions sur la vie (volume complémentaire), 1905-1912. — Paris, Mercure de France, 1913. 3 fr. 50.

M. Remy de Gourmont a recueilli dans ce nouveau volume les réflexions d'actualité qu'il a publiées au Mercure de France sous le titre d'« épilogues », d'abord de 1905 à 1907, puis, après qu'il eût repris la parole à ses amis MM. Desmaisons et Delarue, de 1910 à 1912. Les lecteurs du Mercure savent qu'on ne peut décrire la manière de M. Remy de Gourmont et n'ont d'ailleurs aucun besoin qu'on le fasse. Il s'agit donc seulement d'indiquer aux autres que ces réflexions d'actualité sont chose toute différente des innombrables « chroniques» et « billets du matin » dont sont remplis nos périodiques, quotidiens et autres. Les rédacteurs de ces rubriques, dont plusieurs ne manquent pas de mérite, semblent n'avoir pour but, si ce n'est de faire preuve de leur verve spirituelle et de leur virtuosité littéraire, que de montrer chaque matin que tous les maux de la patrie et toutes les bêtises de l'humanité sont imputables à tel Parti politique. M. Remy de Gourmont, certes, ne manque ni d'esprit, ni de littérature, et il a sans doute ses préférences pour tels groupes de ses compatriotes, mais à peu près seul il s'avise que dans des réflexions qui ont pour objet de comprendre et de faire comprendre des actions humaines, il n'est peut être pas superflu d'exercer sa faculté de comprendre, c'est-à-dire d'essayer d'analyser, de faire varier les points de vue, rapprochements suggestifs, en un mot d'appliquer à la réalité vivante les qualités les plus subtiles de cette intelligence qu'on ne songe en général qu'à appliquer aux choses imprimées. On sentavec plai sir l'intluence de ses connaissances biologiques et linguistiques, deux ordres d'études dont il a dit fort justement ailleurs qu'ils sont bien faits pour enlever à l'esprit la superstition de cette « logique générale », cause de tant d'erreurs et de bêtise, et à laquelle sont surtout soumis les esprits les moins logiques. Félicitons-nous enfin qu'il y ait, au pays de La Bruyère et de Voltaire, au moins un écrivain pour montrer qu'on peut exprimer des idées de façon littéraire et même amusante autrement que dans des romans ou des nouvelles.

PAUL ARCHAMBAULT : Essai sur l'individualisme. —Paris, Bloud. 3 fr. 50. Un livre comme celui de M. Paul Archambault met dans un grand embarras les rédacteurs de cette revue. Ils se le renvoient l'un à l'autre, sans porter sur lui le moindre jugement défavorable, mais en avouant leur incompétence. D'un autre côté ils sentent qu'on peut suspecter cette déclaration, car ce livre ne traite pas d'une de ces questions de philosophie qu'ils ont expressément exclues de leur programme : la notion d'individualisme joue, ils ne songent pas à le nier, un rôle dans la pensée appliquée. Et cependant, leur incompétence n'est nullement feinte. Est-ce parce qu'ils sont habitués à suivre pas à pas les démarches de la pensée commune, ou quelquefois d'une pensée spécialisée, mais travaillant toujours suivant des lois issues de la nature du sujet et de celle de l'esprit, tandis qu'une dialectique comme celle de M. Archambault leur semble se régler sur un type idéal issu d'une tradition ésotérique?

Dans la première partie de son livre : Au cœur de l'individualisme; La science de la Morale de Ch. Renourier, cette impression leur semble produite également par la pensée du philosophe étudié, Renouvier, et par celle du critique. Dans la seconde : En deçà de l'individualisme; Droit social et individuel d'après M. Duguit, où l'auteur avait affaire à un penseur beaucoup plus voisin de ceux dont ils sont habitués à s'occuper, il leur semble que M. Archambault s'est placé non dans la pensée de celui-ci, mais très profondément au-dessous pour en apprécier au nom de sa philosophie les bases qu'il croit devoir lui supposer. Quant à la troisième partie Au delà de l'individualisme; Positivisme et catholicisme, selon le P. Laberthonnière; Un spiritualisme social, tout en doublant notre déclaration d'incompétence par suite du caractère théologique du sujet, nous croyons la sentir beaucoup plus « réelle » que les deux premières, sans doute parce que la « philosophie » des théologiens a sur les autres l'avantage de ce contact avec la réalité qu'est le souci d'action sur les âmes croyantes.

Nous ne prétendons pas que ce que nous venons de dire soit, ni très clair, ni surtout très exactement applicable au livre de M. Archambault. Si nous le prétendions, nous démentirions par là même notre affirmation d'incompréhension. Nous avons seulement voulu essayer d'expliquer pourquoi il nous est impossible de parler quant au fond d'un livre que nous croyons excellent en son genre et qui traite de questions apparaissant à première vue comme faisant partie de notre programme.

H. NUWENDAM : L'Activité rationnelle. — Paris, Bibliothèque de vie pratique, 6 rue de Hanovre. 1 fr. 50. Parlant, après tant d'autres, de la discipline de la vie quotidienne, M. H. Nuwendam a su éviter non seulement la banalité, mais ces poncifs toujours énoncés et jamais vérifiés qui masquent dans la plupart des questions pratiques et l'importance des problèmes et les solutions les plus simples. Ajoutons, pour qu'on n'assimile pas son livre à un groupe toujours plus nombreux en cet ordre de sujets, qu'il ne propose aucune méthode « occulte ». Bien au contraire, c'est la logique scientifique qui est sa norme unique; et il ne manque pas de marquer en passant combien sont fausses ou plutôt « à côté » les objections qui voient dans le souci de la logique l'ennemi des tendances idéales de notre nature. Les lecteurs du Dr Toulouse et du pasteur Wagner seront heureux de retrouver les idées et parfois les paroles de ces auteurs. Les réformateurs, et surtout peut-être les contre-réformateurs, de nos méthodes d'enseignement auraient intérêt à méditer ce petit livre de bon sens. En cours d'impression, nous recevons les livres suivants : Le Génie de Flaubert; La Jalousie sexuelle; La philosophie de Jean-Baptiste Vico; Le langage et la vie.

Retour à la revue Le Spectateur