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couverture de la revue Le Spectateur

Confessions d'un incroyant

Article paru dans Le Spectateur, n° 46, mai 1913.


LIVRES ET PÉRIODIQUES

Confession d'un incroyant

Confession d'un Incroyant, Document psychologique recueilli et publié avec une introduction par le D' EUGENE BERNARD LEROY, Paris, Librairie critique Emile Nourry, 1913.1 fr. 25.

E. B. L. publie un document recueilli par lui au cours d'une enquête sur le sentiment religieux entreprise ily a six ou sept ans, il insiste avec raison dans son introduction sur les inconvénients qu'il y a à restreindre presque entièrement la « science des religions » à l' «histoire des religions », aux dépens de la sociologie et de la psychologie religieuse. Ici, comme ailleurs, se présente en effet ce qu'on pourrait appeler l' « illusion des historiens », qu'a plusieurs fois signalée aussi M. A. van Gennep, et qui consiste à n'accorder de valeur qu « document écrit ou imprimé présentant une certaine ancienneté », alors qu'en réalité seule l'expérience vécue du présent permet d'interpréter véritablement ces documents anciens.

Ce qui est vrai, c'est que le document vécu est rarement aussi propre à utilisation que l'est celui-ci: l'auteur anonyme de cette confession a su retrouver jusqu'à sa petite enfance le souvenir de faits intéressant le développement de ses idées religieuses, mais qui, comme il est naturel, ne se détachaient nullement, au moment où ils se produisaient, de l'ensemble de sa vie.

« Pour la présente confession, dit-il en effet plus tard (p. 14) après avoir parlé d'un journal qu'il tenait depuis l'âge de 14 ans, Je ne me suis guère servi du journal en question car à peine y trouverait-on éparses quelques traces sans intérêt de mes préoccupations religieuses: la religion, c'était quelque chose de très objectif, de la science, de la philosophie, c'était le domaine des idées et du raisonnement, non celui de l'analyse intérieure et je n'aurais jamais songé à consigner de telles préoccupations dans les pages consacrées à l'observation, à l'étude de moi-même. »

Il y a donc là un effort très particulier d'observation après coup, qul est d'un grand intérêt psychologique, d'autant plus qu'il porte sur un sujet par lui-même très instructif, à savoir le contact d'un esprit d'enfant avee des notions théologiques parfois très subtiles et qu'il doit se représenter tant bien que mal à l'aide de son bagage intellectuel élémentaire.

On remarquera de curieuses analyses sur les rapports entre les idées morales et les idées religieuses, sur l'effet des ouvrages d'apologétique destinés à l'enfance, sur la préparation à la première communion, sur l'état de doute religieux, enfin la partie relative à « aujourd'hui », moins originale peut-être que celle qui a trait à l'enfance, mais représentant aussi un effort intéressant pour définir ce qui, dans la conscience d'un incroyant, joue le rôle que joue la religion dans celle d'un croyant.

Il est remarquable que même chez les incroyants ou surtout chez eux, incroyants absolus ou incroyants par rapport à la religion dans laquelle ils ont été élevés, l'observation psychologique sur soi-même, et en particulier sur la période infantile pour laquelle elle est toujours si difficile, trouve dans l'examen des idées concernant la religion l'axe le plus propre à la diriger et l'élément le plus apte à lui donner ce caractère de réalisme pénétrant qu'ont par exemple les Souvenirs de Renan, ou les Choses Passées de M. Alfred Loisy. A ce point de vue particulier il n'est pas impossible de joindre à ces livres la courte brochure présentée ici.

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