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couverture de la revue Le Spectateur

Accusés de réception

Article paru dans Le Spectateur, n° 45, avril 1913.


LIVRES ET PÉRIODIQUES

Accusés de réception

Dr G. REVAULT D'ALLONNES : L'Affaiblissement intellectuel chez les déments. Paris, Alcan, 1912. 5 francs.

La portée de ce livre est bien loin d'être limitée à celle d'un problème intéressant les seuls aliénistes. Voulant « définir et mesurer le déficit intellectuel » de certains anormaux, l'auteur a été logiquement amené à traiter une double question, généralement négligée : d'abord, puisqu'il s'agit d'évaluer des anomalies, il faut préciser le normal; puis, l'intelligence d'un individu ne se manifestant pas en bloc mais bien par des modalités multiples de formes, de comportement, d'opérations intellectuelles, il importe, afin de savoir quelles questions déterminées se poser, quels éléments déterminés mesurer, de procéder à une classification, avant tout pratiquement utilisable, de ces éléments. R. d'A. consacre le chapitre II à ce travail de classification ; et il aboutit, dans le chapitre III, à un « programme pour l'observation expérimentale de l'activité intellectuelle ». Par « observation expérimentale », l'auteur entend une méthode qui ne se contente pas, comme la méthode exclusivement « expérimentale », d'observer l'activité artificiellément provoquée, mais recueille des renseignements sur l'activité du sujet telle qu'elle s'exerce spontanément au cours de la vie dans son milieu naturel et seulement alors exactement révélatrice de sa nature. - La plus grande partie du livre est ensuite consacrée à des observations sur une trentaine de sujets que l'auteur observe chacun « individuellement,pour lui-même », la classification dont nous indiquons plus haut le rôle logique ne lui servant en fait qu'au moment du dépouillement des observations. - Tout le livre, et non pas seulement les deux chapitres de méthode signalés plus haut, est aussi instructif pour la Psychologie générale que pour la Psychiatrie. Signalons, entre bien d'autres choses, les descriptions de la « viscosité mentale » (pp. 17 et 78) et de l'« incontinence mentale » (pp. 102- 137) et la notion de « cubage intellectuel » (p. 213).

SIG. FREUD : Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten. Leipzig et Vienne, Deuticke, 1912. 5 M. ou 6 K.

Ce travail sur l'esprit, ou plus précisément sur l'esprit de mot (Witz signifie à la fois mot d'esprit et esprit de mot), se rattache aux célèbres théories de Freud sur le rôle de l'inconscient dans la vie mentale. Les tendances inconscientes de notre être, qui se développent de façon décisive pendant notre petite enfance, et spécialement dans l'ordre sexuel, puis doivent, au cours de la vie sociale, être toujours « refoulées » (verdrängt) conformément à la morale, aux convenances, cherchent sans cesse obscurément à s'ouvrir un passage vers le dehors, à s'exprimer de quelque façon. Que la raison relâche son contrôle ou l'abdique, comme elle le fait dans le sommeil, ces tendances s'exprimeront par le rêve, et c'est ce que Freud démontre dans sa Traumdeutung. Que, dans la conversation ou le travail intellectuel, l'attention se relâche un instant, les lapsus les moins significatifs en apparence pourront se rattacher à ces mêmes tendances, et c'est ce qu'explique la Psychopathologie des Alltagslebens. Enfin, plus intentionellement peut-être mais sous le couvert d'une attitude de plaisanterie, c'est encore là le processus du mot d'esprit, étudié dans l'ouvrage signalé ici. - Et même le processus acquiert une importance plus grande, de ce qu'il ne reste pas individuel, mais devient social : le mot d'esprit, — et l'histoire confirme le fait par de nombreux témoignages, - devient un moyen de révolte contre l'autorité.-

Quoi qu'on puisse penser de l'ensemble de la théorie de Freud et de l'école de « psychoanalyse » qu'il a fondée, ce livre fournit pour un travail comme celui dont nos« Variétés humoristiques » peuvent suggérer l'idee d'une classification très riche et très ingénieuse. Certains problèmes particuliers donnent lieu à de fines analyses.

GUALTIERO SARFATTI : Le basi psicologiche della costi- tuzione della società (Extr. Rivista italiana di Sociologia, XVI, v-vi); compte rendu de Alfredo Niceforo, Le génie de l'argot (ibid.).

Les faits sociaux peuvent intéresser à la fois une science sociale « spéciale » (politique, économique, morale) et la science sociale plus générale, la sociologie, en tant qu'ils contribuent à « la constitution et l'évolution de la société ». Les tendances qui se manifestent à ce point de vue sont inséparables des tendances individuelles : donc la sociologie trouve ses fondements essentiels dans la psychologie. Le schème se trouve être, par exemple pour les phénomènes linguistiques, le suivant: « Les origines de la langue sont essentiellement psychologiques, leur développement ultérieur est au contraire un phénomène psycho-social. M. Sarfatti indique, à côté de la langue, comme « phénomène de très grande importance sociale », la religion.

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