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couverture de la revue Le Spectateur

La vulgarisation de la technique, préliminaire de la vulgarisation scientifique

A propos du nouveau périodique : LA SCIENCE ET LA VIE

Article paru dans Le Spectateur, n° 48, juillet 1913.


Les questions de vulgarisation ayant été à plusieurs reprises examinées dans cette revue, nous tenons à signaler en quelques lignes l'apparition récente d'un nouveau magazine La Science et la Vie, qui a pris d'ailleurs un essort si rapide qu'un certain nombre de nos lecteurs l'a très probablement déjà feuilleté. D'après les quelques numéros parus, toutes les questions aussi bien techniques que scientifiques semblent englobées dans le domaine que s'est fixé la rédaction, et l'intérêt logique, comme la puissance vulgarisatrice, en est accru d'autant. En effet, l'exposé des difficultés techniques rencontrées, par exemple, en fonderie, ou dans la construction des locomotives, met l'esprit en contact direct avec les problèmes d'utilisation de la matière, et le familarisera progressivement avecles propriétés de cette dernière les plus immédiatement tangibles, telles que la résistance, l'élasticité, la dilatation, etc. Les noms de ces propriétés, apparaissant plus tard dans des articles scientifiques plus abstraits, éveilleront dans la mémoire du lecteur mille souvenirs, et correspondront à des notions inconsciemment assimilées. Ainsi la vulgarisation technique constituerait un solide échelon vers la vulgarisation scientifique.

Si, pour l'instruction, on passe des sciences abstraites aux sciences appliquées, il semble donc que pour la vulgarisation l'ordre contraire présente des avantages : on s'adresse en effet à un public dont l'esprit est habituel- lement tourné aux choses pratiques et l'on commence par n'exiger de lui qu'un effort d'attention et d'abstrac- tion beaucoup moindre; on a donc plus de chances d'intéresser rapidement un grand nombre de lecteurs et d'en être plus facilement compris.

D'un autre côté la vulgarisation technique dévoilera au public les efforts, souvent inconnus, au prix desquels l'industrie ou les services publics arrivent à mettre à sa disposition l'outillage général si complexe de notre civi- lisation. Il ne serait pas superflu que la masse de ceux qui utilisent journellement cet outillage prit quelque intérêt à en connaître la genèse, accordât ainsi quelque sympathie ou quelque reconnaissance à ceux qui l'ont créé, et respectât mieux les produits de leur travail. Elle leur éviterait ainsi l'impression pénible qu'ils ont parfois, de confier à des demi-sauvages des instruments précieux destinés à être méconnus et maltraités.

Les efforts tentés en vue de cette œuvre éducatrice préparent donc l'éclosion d'une solidarité humaine plus étroite et plus éclairée.

O. C.

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