
Accusés de réception
Article paru dans Le Spectateur, n° 44, mars 1913.
Accusés de réception
CAMILLE JULLIAN : L'Ancienneté de l'Idée de nation (Extr. Revue politique et littéraire, Revue Bleue, 18 et 25 janvier 1913); Notes gallo-romaines (Extr. Revue des Etudes anciennes, Bordeaux, xIv, 1-2 et xv, 1).
Dans la leçon d'ouverture de son cours de la présente année scolaire au Collège de France, M. Camille Jullian a voulu insister sur l'importance de l'idée de nation, dont « l'apparition... dans les recherches historiques a marqué l'avènement d'une méthode nouvelle ». Il l'oppose à l'idée de race, il oppose au déterminisme physiologique que recouvre cette dernière idée (« matière et fatalité ») l'ensemble d'« habitudes communes », acquises dans la « liberté » et par l'« éducation », habitudes modestes ou glorieuses, tout particulièrement habitudes religieuses et linguistiques (« Entre... la langue et la nation, il y a partie liée »). En ce qui concerne spécialement le passé de notre pays, de la Gaule, le « mot de race est vague »; celui de « nation », même pour des époques très reculées, d'après les résultats de recherches linguistiques, archéologiques, etc., « ne trompe personne, ni sur [la] pensée [de celui qui l'emploie], ni sur la réalité des faits ».
Parmi les « notes gallo-romaines », très intéressantes « analogies de diverses sortes », non seulement entre des faits ressortissant aux différentes parties de l'archéologle, mais entre eux et des faits contemporains, par exemple entre le peuplement des Carnutes, Véliocasses et Parisiens sur les bords de la Seine et de l'Oise et les tentacules que l'Allemagne s'est fait concéder par la France pour rejoindre les bords du Congo. Nous n'avons nulle qualité pour apprécier le contenu historique des travaux de M. C. Jullian, et d'autre part l'intérêt national et de « culture » en est assez connu.
Mais nous voudrions noter deux qualités de son esprit qui seraient particulièrement précieuses à étudier au point de vue de l'œuvre d'éducation intellectuelle que nous poursuivons au Spectateur, qualités nécessaires à tout travailleur, et spécialement à tout historien, mais qui se manifestent chez M. C. Jullian avec une netteté et à un degré exceptionnels: d'une part, l'habileté à grouper les faits, d'abord patiemment acquis, sous des idées ordonnatrices qui soient assez bien choisies, non seulement pour faciliter l'intelligence de ces faits, mais pour préparer l'esprit à classer judicieusement l'infinie variété des faits qui se présenteront plus tard à lui; d'autre part le goût des analogies, et le soin, dans des rapprochements comme ceux qui ont été mentionnés plus haut, de fonder celles-ci, non pas du tout sur des ressemblances, si frappantes qu'elles soient, mais sur une correspondance soigneusement établie de relations de cause à effet et de processus élémentaires, matériels ou intellectuels. Nous comptons pouvoir préciser prochainement la notion de la première de ces qualités, en analysant, à titre d'exemple et aussi pour leur intérêt propre, quelqu'une de ces idées ordonnatrices.
JEAN BLUM: J.-A. Starck et la Querelle du Crypto-Catholicisme en Allemagne 1785-1789. Paris, Alcan, 1912. 4 francs.
Histoire d'une curieuse « affaire », à origines maçonniques, qui a passionné l'Allemagne intellectuelle el religieuse à la veille de la Révolution française. L'auteur veut contribuer à ce « genre nouveau » qu'est l' « histoire des idées » ou« des états d'esprits », qu'il ne faudrait pas, sur la foi d'un nom peut-être mal choisi, croire ambitieuse. Elle porte sur ce que les autres histoires négligent et doivent nécessairement négliger. Elle s'accommode du rebut de ses aînées. Aussi y aurait-il une nouvelle injustice à lui reprocher son vague et à dire, par exemple, qu'elle se tient dans les généralités. Il est vrai qu'elle se propose l'analyse de l'air du temps, mais l'air du temps se compose de mille petits faits tous très precis, d'une poussière d'idées et de sentiments, et l'analyse manquera plutôt de patience que d'objets sur quoi s'exercer ».
GIORGIO DEL VECCHIO: Il « Ladino » al bivio (Extr. Nuova Antologia, 1er novembre 1912).
Dans certaines hautes vallées alpines du canton suisse des Grisons (Engadine), du Tyrol méridional et du Frioul, ont subsisté des dialectes romans, romanche ou ladin. L'auteur cherche comment on pourrait sauvegarder la vieille langue des Grisons, qui, incapable d'assurer la communication avec l'extérieur, doit s'adjoindre à l'école et dans l'usage une langue « impériale ». Il a le choix entre deux: l'allemand, qui risque de l'étouffer complètement, et l'italien, qui au contraire peut jouer vis-à-vis de lui le rôle protecteur qu'il joue, dans toute la Péninsule, vis-à-vis de ses propres dialectes, dont quelques-uns sont plus éloignés de lui que le romanche.
Nous avons reçu trop tard pour les mentionner dans le présent numéro les livres suivants: L'Affaiblissement intellectuel chez les déments; Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten; Psicologia e Biologia; La Teoria della Conoscenza in S. Tomaso d'Aquino; et plusieurs brochures.